Les assassins sont parmi nous

Réflexions sur la stature de la vedette « ce sont d'étranges animaux qui se nourrissent exclusivement d'applaudissements et de demandes d'autographes. »
Eh bien ! ça n'est pas toujours drôle la vie d'artiste, quoi qu'un vain peuple pense !
« On diffame entre guillemets et on se retrouve én correctionnelle comme tout le monde et comme Sacha
On a des petits ennuis avec les autorités d'immigration et on se retrouve à Ellis Island comme tout le monde et comme Charles Trenet, le fou chantant. C'est insensé.
On noie ses tracas dans l'opium et on se retrouve inculpé comme tout le monde et comme Henri Garat, le drogué. C'est stupéfiant !
On ne peut plus ouvrir un journal sans y trouver les noms, les photos et le récit des exploits de ces messieurs, et cela vous irrite comme tout le monde !
Allons, allons, un peu d'indulgence, que diable ! Ce sont des vedettes !... et de quoi parlerions- nous, je vous le demande, si nous n'avions plus de vedettes ?
De la Palestine ? Mais combien de Français savent exactement pourquoi l'on se bat en Palestine ? Et puis, la guerre, c'est bien usé comme sujet.
Des frissons gouvernementaux ? Mais combien de Français savent exactement quel gouvernement ils souhaitent ? Et puis, la chute d'un ministère, c'est bien banal comme aventure.
Et la photo de Rita Hayworth, c'est tout de même plus joli, en première page, que M. Robert Schuman
Une fois de plus, les vedettes ont rempli leur rôle en remplissant cette semaine les journaux de leur personne. Et si cela vous agace, c'est vous qui avez tort. Mais, j y pense... Peutêtre les aviez-vous prises pour des êtres humains ? Voilà où réside le malentendu.
Ce ne sont pas des hommes. Ce ne sont pas des femmes non plus, d'ailleurs. Ce sont d'étranges animaux qui se nourris- sent exclusivement d'applaudissements et de demandes d'autographes. Pacifiques mais gourmands, plus ils mangent, plus ils ont faim. C'est lorsqu'on s'avise de réduire leur ration qu'ils deviennent méchants, voire dangereux.
La vedette vit uniquement de ce que lui donne le public. Entre elle et lui se noue une grande histoire d'amour qui se déroule de la façon la plus classique : émoi des premières rencontres, tendre idylle, ivresse, délire. Puis, au moment où Elle se croit assurée d une passion durable, Il se lasse et devient cruel parce qu'Elle l'ennuie. Ses fantaisies ? Des caprices. Ses désirs? Des exigences.
Il est devant Elle agacé comme un homme las d'une vieille maîtresse qu'aucun artifice ne rendra plus désirable. Il ne veut même plus en entendre parler, et déjà une autre l'appelle...
Alors, quelle que soit la fortune qu'elle ait amassée pendant le temps de ses amours, la vedette dépérit parce qu'il n'y a pas de vedette sans public.
Il y a de grands savants méconnus, II y a de grands compositeurs inconnus. Il y a des peintres, des écrivains, des inventeurs ignorés qui peuvent se dire : « Dans cent ans, je serai célèbre. »
Mais il n'y a pas de vedette sans public. Et le public, c'est vous, c'est moi, c'est nous. Les coupables sont donc parmi nous.
Voilà pourquoi je vous demande pour eux de l'indulgence.
Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Pardonnez-leur si, à voir leur image cent fois grandie sur tous les murs et écrans du monde, ils ont fini par se croire grands, eux aussi.

Mardi, octobre 29, 2013
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