Faut-il être anti-américain ?

Dénonce la démagogie politique du gouvernement
Nul lecteur de la presse gouvernementale de droite, nul auditeur de la radio gouvernementale ne peut désormais l'ignorer : tout le mal qui ravage la France nous vient d'Amérique. Et cela est parfois dit dans des termes qui n'auraient pas déparé « L'Humanité », du temps qu'elle conseillait au général Ridgway de « go home ». Quant au mal qui ravage l'Algérie, on sait que seule l'U.R.S.S. est coupable.
Que l'opinion désorientée, blessée, frustrée d'une victoire qu'on lui avait fait toucher du doigt, soit tentée de s'abandonner à des mouvements passionnels propres à panser son orgueil, c'est là une réaction d'autant plus naturelle que les fautes américaines ont été éclatantes.
Que des hommes d'Etat exploitent et fassent exploiter ce sentiment irrationnel, espérant noyer leurs propres erreurs dans une vague propice d'anti-américanisme, c'est là une bien dangereuse indécence. Quels que soient les chemins qui nous ont conduits où nous sommes aujourd'hui, la situation est, hélas, fort claire : l'économie française est de nouveau, entièrement dépendante des Etats-Unis.
Tendre une main tandis que de l'autre on fait avec sa canne des moulinets, c'est là une attitude dont on voit mal comment elle peut rendre à la France le sentiment de sa dignité.
Sans doute, les intérêts communs de la France et des Etats-Unis sont assez puissants pour que, de part et d'autre, on croie pouvoir sans grand danger sacrifier un temps à la démagogie. Le temps que colère se passe...
Passera-t-elle ?
Une chose est sûre. Si au lieu de s'employer à apaiser la colère on l'alimente, on l'envenime, ce n'est certes pas à M. Guy Mollet que les cyniques exploiteurs de l'exaspération des Français confieront le soin de mener
« la France seule ».

Mardi, octobre 29, 2013
L’Express